Prisons françaises : la vraie vie des détenus

  • 2021
  • Zone Interdite

« En termes de surpopulation carcérale, le résultat n’est pas du tout satisfaisant et j’y travaille. La prison est un mal nécessaire (…) 8 000 projets de constructions de prisons ont été lancés. Est-ce que ça veut dire que je veux incarcérer plus ? Non, je veux incarcérer plus dignement. » déclarait le garde des sceaux Éric Dupont-Morettii, le 14 février 2021 au grand jury RTL-LCI, faisant de la lutte contre la surpopulation carcérale et de la prévention de la récidive, ses priorités.

Après la vague massive de libérations liée au premier confinement, la population carcérale est pourtant repartie à la hausse. Les prisons françaises comptent aujourd’hui 62 673 détenus, soit 4 000 de plus qu’il y a six mois. Aujourd’hui, presque 700 prisonniers dorment sur le sol. Surpopulation carcérale, niveau de suicide en prison parmi les plus élevés d’Europe, il y a un an, le 30 janvier 2020, la Cour européenne des droits de l’homme, dans une décision historique, condamnait la France en dénonçant haut et fort l’indignité de ses prisons. Comment vit-on aujourd’hui derrière les barreaux ? Comment prévenir le risque de récidive ?

De l’incarcération jusqu’à la sortie, pendant près d’un an, dans le Lot-et-Garonne, “Zone Interdite” a suivi la vie des détenus à la maison d’arrêt d’Agen et au centre de détention d’Eysses. Condamnés à des peines allant de 2 à 18 ans de prison, la plupart d’entre eux nous parlent à visage découvert.

Enclavée en pleine ville, comme toutes les maisons d’arrêt, celle d’Agen est prévue pour les détenus en attente de leur procès et les condamnés à des peines inférieures à deux ans. Là-bas, les détenus vivent encore en dortoirs de six. Lors de notre tournage, 22 détenus y dormaient sur des matelas par terre. Nous y suivons le parcours de Michel, 71 ans qui vient d’être condamné à 18 ans de prison pour meurtre et celui de Kevin, multi récidiviste de 28 ans, tous les deux en attente de leur transfert. Avec eux, nous découvrons le choc carcéral, la hiérarchie entre détenus, la promiscuité, les rapports de force qui s’exercent au sein d’une prison.

À 40 kilomètres de là, à Villeneuve-sur-Lot, le centre de détention d’Eysses est lui prévu pour les condamnés à de longues peines mais qui présentent le plus de chances de réinsertion. Le régime carcéral y est plus souple qu’en maison d’arrêt. La plupart des détenus y travaille, cela permet de cantiner, c’est à dire d’acheter des produits à l’extérieur, et d’indemniser les victimes. L’une des clés pour pouvoir prétendre à une libération conditionnelle. Nous y découvrons le quartier disciplinaire, le « mitard », la prison de la prison, les parloirs avec les familles, seuls liens avec l’extérieur, mais aussi le travail des surveillants et celui des conseillers d’insertion et de probation pour aider les détenus à préparer leur sortie.


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